Cet article fait partie d’un dossier consacré au sujet de la Blockchain. Le premier article est disponible ici.

 

Lors de notre premier article sur le sujet Blockchain, je vous présentais les origines et les grands principes de cette technologie « dans le vent ». Aujourd’hui, et par le biais d’un cas concret vécu par un acteur reconnu de l’industrie agro-alimentaire, je vous propose de découvrir comment l’identité numérique appliquée à la blockchain peut être une solution viable pour répondre aux enjeux, notamment de traçabilité, de notre époque.

 

Démystifions !

 

Il serait un peu trivial de faire croire que pour répondre à une problématique de traçabilité, il est nécessaire de mettre en place une blockchain.

Prenons le cas d’un de nos clients. La société LESAFFRE, acteur mondial dans l’industrie alimentaire, a été confronté il y a quelques années à une problématique de contrefaçon sur le territoire chinois.  Des marchés parallèles commercialisaient ses produits avec comme conséquence : perte de chiffre d’affaires, atteinte à la notoriété, mise en péril de la relation commerciale avec les clients et risque sanitaire.

A cette même époque, la blockchain n’apportait pas encore les solutions qui existent aujourd’hui. LESAFFRE a donc mis en place une solution de traçabilité basée sur la création d’une identité numérique du produit.

Cette solution « propriétaire » qui est toujours utilisée en Chine, permet de générer des séries de QR Code qui sont injectés sur les lignes de production quotidiennes et imprimés sur les packagings.

Le développement d’une démarche commerciale incitative auprès des clients (un scan contre une « récompense ») et d’une application centralisée a permis de boucler la chaine de traçabilité et engendré le démantèlement de réseaux parallèles.

 

 

Cet exemple illustre le fait qu’il a existé et qu’il existe toujours des solutions alternatives à la blockchain pour répondre aux questions de traçabilité.

LESAFFRE s’intéresse cependant de très près au sujet. Convaincu de l’utilité globale de l’identité numérique du produit, l’entreprise identifie désormais de nouveaux enjeux et des axes d’amélioration :

  • L’internationalisation de l’entreprise nécessite à chaque déploiement de la solution l’embarquement des contraintes de chaque filiale
  • La lutte pour le respect de la santé alimentaire fait désormais partie de notre quotidien. Lesaffre veut être en mesure de certifier auprès des utilisateurs l’origine et la qualité des produits qu’il consomme et dans ce cas, il doit s’ouvrir à d’autre parties prenantes.

Les défis autour de la blockchain sont nombreux, mais j’ai fait le choix ici de vous parler de la blockchain sous l’angle de l’identité.

En effet, si l’on regarde la problématique de traçabilité sous l’angle d’une filière, (par exemple la filière alimentaire) l’identité numérique et la blockchain prennent tout leur sens.

L’agroalimentaire constitue le premier secteur industriel français aussi bien en termes de chiffre d’affaires que d’emplois, avec un chiffre d’affaires de plus de 180 Milliards d’Euros et 430 000 salariés en 2017.

 

Un défi à la hauteur de l’enjeu de perte de confiance des consommateurs

 

Mais quels sont les attributs de la blockchain qui en font un atout pour répondre au défi de la filière alimentaire ?

Les scandales qui jalonnent l’histoire alimentaire ont prouvé des défaillances en matière de sécurité alimentaire. 😕

On peut notamment citer :

  • 📅 1987 : Apparition de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et crise de la « vache folle »
  • 📅 1999 : De la dioxine, une molécule toxique qui peut être à l’origine de cancers et de troubles hormonaux, est découverte dans des farines pour la volaille et le bétail
  • 📅 2013 : On découvre de la viande de cheval dans des lasagnes Findus supposées contenir du bœuf.
  • 📅 2017 : l’entreprise Lactalis a commercialisé du lait en poudre pour bébés, contaminé à la salmonelle

Derrière chaque scandale c’est un peu de la confiance dans l’industrie alimentaire qui s’érode. La sécurité précédemment incarnée par des grandes marques ou les organes de régulation de contrôle ne vaut plus.

Ces acteurs ne suffisent plus à assurer la confiance des consommateurs et reconstituer l’ensemble de la chaine de la « fourche à la fourchette » est devenu un exercice compliqué  !

Chaque acteur de la chaine doit (ou veut) contribuer à la hauteur de l’apport de valeur qu’il procure. J’entends par là : ni plus ni moins. Ce n’est pas au distributeur final de tenter la réconciliation de l’ensemble de la chaine de production.

Par l’enregistrement d’évènements sous la forme de transaction Chacun peut aussi, en pleine lumière de justifier de la qualité de sa production. Mais aussi, accroitre unitairement la valeur du bien qu’il enrichît grâce à l’exécution de smart contracts.

Par exemple : un producteur qui affirme produire des œufs sans antibiotiques, lorsqu’il enregistre cette déclaration dans la blockchain, ne peut le faire sans enregistrer en même temps un certificat délivré par un organisme certificateur. Ce certificat a une validité. Le système de « dating », intégré à la blockchain va donc vérifier la validité à intervalles réguliers. Si un jour elle n’est plus valide, l’alerte est donnée ; c’est ce que j’appelle accroitre la valeur du bien et la qualité de la filière. 

 

Source : saphirnews.com

 

Les Smart Contracts sont des programmes informatiques inscrits sur la blockchain. À la différence des contrats traditionnels, ils ne nécessitent aucune intervention humaine pour s’appliquer. Ils s’exécutent automatiquement et permettent d’assurer des échanges de biens, de services entre des personnes physiques ou morales. Concrètement, ils répondent à des logiques simples comme « en présence d’une condition définie, il faut exécuter une opération définie  »

Les Smart Contracts présentent un avantage phénoménal dans un univers intégrant différentes partie prenantes (c’est le cas d’une filière), car nous ne sommes plus en présence d’une logique de flux où l’acteur suivant attend des informations du précédent. Chaque acteur joue son rôle et apporte la transaction qui lui incombe. D’autres parties prenantes que celles à l’origine de l’information peuvent alors agir. Dans l’exemple précis des établissements de contrôle vétérinaire, des distributeurs… potentiellement les clients ayant acheté les produits.

La technologie par bloc de transaction appuyée sur la mise en place de Smarts Contracts permet de mieux gérer les crises – et même pourquoi pas, les éviter. Chaque transaction sur la blockchain écrit l’histoire du produit grâce à son identité (numéro de lot). L’interception et le rappel immédiat des lots incriminés pourront se faire plus facilement.

En intégrant la logique de Smart Contacts sur des registres partagés/distribués, il est possible de créer des organisations, services, applications pouvant fonctionner de manière indépendante.

 

L’identité numérique du produit… mais pas seulement !

 

Il y a quelques années, quand j’utilisais le terme identité, c’était avant tout pour parler de ce que le Larousse définit comme : le « caractère permanent et fondamental de quelqu’un, d’un groupe, qui fait son individualité, sa singularité » ou aussi de l’« Ensemble des données de fait et de droit qui permettent d’individualiser quelqu’un (date et lieu de naissance, nom, prénom, filiation, etc.) ». Ce n’est qu’assez récemment que l’on a commencé à utiliser ce terme en parlant de produit.

Si la blockchain est définie comme une technologie qui permet « la constitution de registres », en quoi ne pourrait-elle pas constituer le registre des identités individuelles ?

Le 29 Septembre 2017, lors de son voyage présidentiel en Estonie, Emmanuel MACRON prononcait les mots suivants :

« Nous avons parlé de l’e-gouvernement. La France s’est beaucoup engagée. J’avais eu l’occasion de m’exprimer à New York sur ce sujet et l’Estonie est un pays exemplaire à ce titre. Mais nous aussi besoin de sécuriser nos systèmes. Nous souhaitons mieux échanger les bonnes pratiques de sécurisation de nos concitoyens. À cet égard, l’Estonie et le Danemark sont extrêmement en avance, avec une identité numérique, des procédures de sécurisation ».

En effet, l’Estonie (République parlementaire d’1.3 millions habitants) a mis en place dès le début des années 2000 une politique fondée sur l’émission d’une carte d’identité électronique et ensuite fait évoluer les services de l’état autour de cette identité numérique. Le projet baptisé « X-Road » permettait à plusieurs systèmes d’information d’échanger des données de manière décentralisée et sécurisée. En 2011, une technologie blockchain a été implémentée sur X-Road afin de sécuriser et authentifier les données pour que la modification de données ne puisse être faite ni par une organisation ni par l’état.

Par ce moyen, la modification du dossier médical d’un patient génère une nouvelle « signature » stockée sur la blockchain, mais pas une mise à jour du dossier. En respectant le caractère inaltérable des données de la blockchain X-road assure à ses e-citoyens la « confiance » dans la solution (la technologie si j’ose dire) qui est indépendante d’un organe de contrôle central.

 

 

Les intérêts de cette identité numérique sont multiples que ce soit pour le citoyen (1789 services administratifs disponibles en Estonie contre 586 en France) ou pour les administrations et l’Etat (X-road permet d’économiser 1 400 ans de temps de travail chaque année)

 

Un nouveau Mindset

 

Ce projet illustre enfin 2 points fondamentaux :

Tout d’abord, la blockchain, ne trouvera son plein essor que lorsqu’elle touchera l’individu. À date, on trouve surtout des projets et initiatives à l’origine des entreprises et consortiums. A l’image de ce qui s’est passé avec le Web, c’est l’appropriation de la technologie par l’individu qui a engendré une transformation profonde des modes de vie, de consommation, d’information, d’échange.

Ensuite, comme l’illustre l’exemple de la technologie appliqué sur X-Road, la volonté d’assurer la confiance a nécessité un « nouveau mindset ». J’entends par là que pour assurer le côté inaltérable promis par la blockchain, la logique de flux d’information que l’on connait aujourd’hui avec ses principes de « création/modification/suppression » ne peut plus être appliquée : seule la transaction compte.

Il a fallu réfléchir autrement… et c’est là le début du changement ! 😉