Atecna interviewe Guillaume Hambourger, Principal Designer
L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme un nouveau standard dans les métiers du design. Génération d’interfaces, accélération des phases d’idéation, aide à la structuration des design systems… Les promesses sont nombreuses, parfois surestimées.
Pour démêler le potentiel réel de l’IA des effets de mode, nous avons interrogé Guillaume Hambourger, Principal Designer chez Atecna, sur l’impact concret de l’IA dans les pratiques de product design, UI et design system, et sur la posture que les équipes doivent adopter pour en tirer une vraie valeur business.
L’IA dans le design : simple outil ou changement de paradigme ?
Guillaume Hambourger: L’IA marque clairement un changement de paradigme. Elle ne se contente pas d’ajouter un nouvel outil à la boîte à outils du designer, elle transforme la manière dont on conçoit, explore et décide.
Cela dit, il faut rester lucide : l’IA ne “design” pas à notre place. Elle agit comme un accélérateur. Elle permet d’aller plus vite sur certaines tâches, mais surtout de libérer du temps pour ce qui fait la vraie valeur du design : la compréhension des usages, la cohérence produit et la prise de décision.
Quels sont les apports les plus concrets de l’IA en UI design ?
G.H : En UI, l’IA est particulièrement efficace pour :
- générer rapidement des pistes de layouts ou de composants,
- explorer des variations graphiques,
- produire des contenus UI (micro-copy, messages d’erreur, états alternatifs),
- faciliter les phases de prototypage rapide.
Cela permet de sortir plus vite de l’idéation et d’itérer davantage.Mais une interface pertinente ne se résume pas à ce qui est “joli” ou “fonctionnel”. Sans intention claire, l’IA produit des interfaces propres, mais souvent génériques.
Le rôle du designer reste essentiel pour donner une direction, arbitrer et garantir l’alignement avec la vision produit.
L’IA peut-elle renforcer l’efficacité des design systems ?
G.H : Oui, et c’est même l’un des terrains les plus prometteurs.
L’IA peut accompagner :
- la documentation des composants,
- la formalisation des règles d’usage,
- la cohérence entre design et développement,
- la maintenance d’un design system dans le temps.
Mais un design system ne se limite pas à une librairie de composants. C’est un outil stratégique qui structure les produits, les équipes et les décisions.
L’IA est très utile sur les aspects opérationnels, mais la définition des règles, des principes et des arbitrages reste une responsabilité humaine.
Quel impact observes-tu sur le product design ?
G.H : L’IA est particulièrement intéressante sur les phases amont du product design :
- analyse et reformulation des insights utilisateurs,
- exploration d’hypothèses produit,
- projection de parcours ou de scénarios d’usage,
- aide à la priorisation.
En revanche, elle ne remplace pas l’expérience terrain, la compréhension du contexte organisationnel ou les contraintes business réelles.
Le product designer devient davantage un chef d’orchestre, capable de s’appuyer sur l’IA tout en gardant une vision globale et critique.
Existe-t-il un risque d’uniformisation du design ?
G.H : Oui, clairement si les équipes utilisent les mêmes outils, les mêmes modèles et les mêmes prompts sans recul, on obtient des produits lisses et interchangeables.
C’est pourquoi la culture design, la connaissance fine des utilisateurs et la capacité à créer des systèmes différenciants deviennent encore plus stratégiques.
L’IA ne doit pas être une source de standardisation, mais un levier au service d’une identité produit forte.
Quelle posture les designers doivent-ils adopter face à l’IA ?
G.H : Le métier évolue.Le designer est de moins en moins dans l’exécution pure et de plus en plus dans :
- la structuration des problématiques,
- la sélection et la validation des solutions,
- la cohérence globale du produit.
Savoir utiliser l’IA, ce n’est pas simplement savoir rédiger un prompt.C’est comprendre quand l’utiliser, pour quoi et avec quelles limites.
La valeur du designer réside désormais dans sa capacité à décider et à assumer ces décisions.
Comment intégrer l’IA de manière responsable dans un projet digital ?
G.H : Mon conseil est simple : expérimenter, mais avec méthode.
Il faut tester l’IA sur des cas concrets :
- des design systems existants,
- des produits réels,
- des contraintes business identifiées.
Et surtout, documenter les usages.Chez Atecna, l’IA devient pertinente lorsqu’elle s’inscrit dans un processus clair, partagé par les équipes, et aligné avec les objectifs produit.
En conclusion : opportunité ou menace pour le design ?
G.H : L’IA est une formidable opportunité pour le design, à condition d’accepter que le métier évolue.
Les designers qui sauront prendre de la hauteur, penser en systèmes et en produits, et créer de la valeur au-delà de l’interface n’ont jamais été aussi essentiels.
L’IA ne remplace pas le design.Elle en révèle l’importance stratégique.
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N’hésitez pas à contacter les experts d’Atecna.